Le 23 septembre 2026, à Ouagadougou, le Forum des acteurs du tourisme de l’AES a ouvert ses travaux autour d’une ambition : mieux intégrer les potentialités touristiques du Burkina Faso, du Mali et du Niger. Organisé en marge du SITHO 2026, le forum se tient les 23 et 24 septembre. (Muck Rack)
Placée sous le thème « Investissement intégré et souveraineté économique : bâtir une destination touristique sahélienne compétitive », la rencontre réunit des acteurs publics et privés des trois pays..
Le tourisme AES veut dépasser les frontières nationales
Trois patrimoines, une offre à construire
Présidant la cérémonie au nom du Camarade Premier ministre, le Camarade Ministre de la Communication, de la Culture, des Arts et du Tourisme, Pingdwendé Gilbert OUEDRAOGO, a appelé à une meilleure mise en réseau des potentialités des trois États.
L’idée est de considérer les patrimoines naturel, culturel et historique du Burkina Faso, du Mali et du Niger comme des composantes pouvant alimenter une offre touristique plus large.
Cette approche est également défendue par Bassolma BAZIÉ, président de la Commission nationale de la Confédération des États du Sahel. Selon lui, la mise en commun des patrimoines, des traditions, de l’artisanat, de la gastronomie et des savoir-faire peut contribuer au développement économique et social des populations. (Burkina24)


Passer de destinations séparées à des circuits communs
Dans une communication consacrée à la gouvernance et à la vision stratégique commune, Mambourou Soma a poussé cette réflexion plus loin.
L’enjeu, selon le contenu présenté lors du forum, serait de ne plus penser uniquement le Burkina Faso, le Mali et le Niger comme trois marchés touristiques distincts.
Une possibilité consiste à développer des circuits reliant plusieurs territoires des trois pays, avec plusieurs portes d’entrée.
Une telle approche pourrait également modifier les méthodes de promotion. Les structures chargées de promouvoir les destinations pourraient davantage coordonner leurs actions, notamment lors des grands salons internationaux.
Des professionnels à mieux intégrer
La question de la mobilité
Une stratégie touristique commune ne repose pas uniquement sur les sites à visiter.
Elle suppose aussi que les professionnels puissent travailler dans un environnement plus lisible.
La reconnaissance des métiers, la formation et la normalisation apparaissent donc parmi les chantiers évoqués.
La question peut être très concrète : comment un guide touristique formé au Burkina Faso pourrait-il exercer dans un autre pays de l’espace AES ? Quelles règles professionnelles devraient s’appliquer ? Comment reconnaître les qualifications ?
Ces interrogations montrent que l’intégration touristique implique également un travail institutionnel.
Sécurité et qualité des services
Les acteurs réunis à Ouagadougou ont aussi insisté sur la nécessité de disposer de destinations attractives, sécurisées et correctement aménagées.
Pour Pingdwendé Gilbert OUEDRAOGO, une destination touristique ne repose pas uniquement sur l’existence de sites remarquables. Elle nécessite également des infrastructures, des services de qualité, des professionnels formés, des moyens de transport et des mécanismes de financement adaptés. (leFaso.net)
Cette approche élargit donc le débat : le tourisme devient une chaîne de valeur qui associe patrimoine, transport, hébergement, formation, financement et promotion.

L’investissement au cœur de la nouvelle stratégie
Des financements adaptés aux entreprises
Le thème du forum fait directement le lien entre intégration touristique et investissement.
Cette question rejoint d’ailleurs celle du SITHO 2026, dont le thème général porte sur le financement des projets structurants.
Lors du forum, la question des mécanismes financiers adaptés aux entreprises touristiques a également été abordée. Brice Gaël Soubeiga, directeur d’investissement chez Néré Capital Partners, a notamment plaidé pour des instruments correspondant aux différents stades de développement des entreprises. (leFaso.net)
Pour les promoteurs touristiques, l’enjeu est donc de pouvoir accéder à des financements correspondant à la réalité de leurs projets.
Harmoniser les conditions d’investissement
La réflexion sur l’investissement dépasse toutefois le financement bancaire.
Une stratégie touristique intégrée pose aussi la question des conditions offertes aux investisseurs dans les trois pays.
Les règles, les procédures et certains dispositifs pourraient être mieux coordonnés afin de faciliter les investissements transfrontaliers.
L’objectif serait de créer un environnement permettant aux capitaux et aux entreprises de l’espace AES de participer plus facilement à des projets touristiques communs.
Une perspective liée au tourisme et aux grands événements
La professionnalisation de l’hôtellerie intervient également à l’approche de grands rendez-vous culturels.
La 30e édition du FESPACO est officiellement annoncée pour 2027. Les informations publiées par le festival indiquent actuellement des dates allant du 27 février au 6 mars 2027, tandis que d’autres communications institutionnelles ont annoncé la période du 20 au 27 mars 2027.
Cette différence de calendrier dans les communications publiées invite à retenir, pour l’instant, les dates affichées par le site officiel du FESPACO pour les informations opérationnelles.
Dans tous les cas, les grands événements culturels constituent des périodes où les capacités d’accueil et la qualité des services hôteliers sont particulièrement sollicitées.
Construire un nouveau narratif touristique
Les médias au cœur de la promotion
L’intégration touristique concerne également la manière dont l’AES raconte ses destinations.
La construction d’un narratif commun pourrait permettre de présenter autrement les patrimoines, les cultures et les expériences touristiques des trois pays.
Dans cette perspective, les médias peuvent jouer un rôle dans la valorisation des territoires et dans la diffusion d’informations sur les destinations.
Le développement d’outils numériques et de plateformes communes pourrait également contribuer à rendre les offres touristiques plus visibles.

Partager les données pour mieux décider
Autre chantier évoqué : les statistiques touristiques.
Pour attirer des investisseurs et construire des politiques publiques adaptées, les acteurs ont besoin de données fiables et comparables.
La collecte et le partage des statistiques entre les trois pays peuvent donc devenir un outil d’aide à la décision.
Fréquentation des sites, capacités d’hébergement, profils des visiteurs, recettes, emplois ou encore flux touristiques : ces données peuvent permettre de mieux identifier les marchés et de préparer des projets communs.
Pourquoi cette information est-elle importante pour les Burkinabè ?
Le débat ouvert à Ouagadougou dépasse la seule organisation d’un forum.
Il pose une question stratégique pour le tourisme burkinabè : faut-il continuer à présenter les sites du pays séparément ou chercher à les intégrer dans des circuits reliant plusieurs territoires de l’espace AES ?
Une approche commune pourrait donner davantage de visibilité aux patrimoines burkinabè tout en ouvrant des possibilités de collaboration avec des professionnels maliens et nigériens.
Mais sa concrétisation nécessitera des décisions sur la mobilité, la formation, la sécurité, les investissements, les infrastructures, la promotion et les données touristiques.
Le forum des 23 et 24 septembre constitue ainsi un espace de réflexion. Les prochaines étapes permettront de mesurer la traduction concrète de ces orientations dans les politiques publiques et les projets du secteur.
Conclusion
Le Forum des acteurs du tourisme de l’AES ouvre une réflexion sur une nouvelle manière de penser le tourisme dans l’espace sahélien.
Au lieu de promouvoir uniquement trois destinations nationales, les acteurs réunis à Ouagadougou explorent l’idée d’une offre davantage intégrée, capable de relier les patrimoines et les expériences du Burkina Faso, du Mali et du Niger.
La réussite d’une telle démarche dépendra toutefois de sa capacité à produire des actions concrètes : circuits communs, professionnalisation, mobilité des acteurs, financement, promotion coordonnée et partage des données.
Le tourisme pourrait ainsi devenir un terrain supplémentaire de coopération économique entre les trois pays.
La rédaction de VoirFaso.






