Ouagadougou, 3 novembre 2026. La CATIMU 2026 réunit chercheurs et professionnels à l’Université Joseph KI-ZERBO pour réfléchir aux transports intelligents en Afrique.
La troisième édition de la Conférence africaine sur les transports intelligents et la mobilité urbaine (CATIMU) s’est ouverte le mardi 3 novembre 2026, dans la salle de visioconférence du bâtiment PSUT de l’Université Joseph KI-ZERBO (UJKZ). Organisée par le Laboratoire de mathématiques et d’informatique (LAMI), cette rencontre scientifique se tient sur trois jours.
Placée sous le thème « L’innovation au service des spécificités locales », elle rassemble des chercheurs, des professionnels du transport, des acteurs publics, des collectivités territoriales et des étudiants. L’objectif consiste à réfléchir aux solutions technologiques capables de répondre aux réalités des villes africaines.
Au cœur des échanges figurent notamment l’intelligence artificielle, la science des données, la cartographie et les politiques urbaines. Plusieurs interventions présentent des expériences et des pistes d’application dans la gestion des services de transport.
CATIMU 2026 : l’UJKZ mise sur la recherche africaine
Dans son mot de bienvenue, le directeur du LAMI, le camarade Stanislas OUARO, a rappelé l’ambition de faire de la conférence un rendez-vous scientifique de référence sur le continent.
Il a insisté sur la nécessité de partir des préoccupations quotidiennes des populations africaines. Selon cette orientation, les chercheurs du continent et ceux de la diaspora doivent contribuer à construire des réponses adaptées aux besoins locaux.
Le responsable du laboratoire a également salué la présence d’une délégation de la République du Congo. Celle-ci est conduite par Mopaya ATALI, directeur général des Transports terrestres.
Cette participation illustre l’intérêt du partage d’expériences entre pays africains. En outre, elle donne aux participants l’occasion de confronter leurs approches et leurs pratiques.
Revenant sur la précédente édition, Stanislas OUARO a indiqué que certaines recommandations relatives à la mobilité urbaine, notamment à Ouagadougou, avaient été transmises au ministre chargé du secteur. Il souhaite que les travaux de cette troisième édition consolident ces acquis et débouchent sur de nouvelles propositions.


Mobilité urbaine : des défis qui dépassent la circulation
Représentant le ministre d’État, ministre de l’Administration territoriale et de la Mobilité, Luc HIEN a évoqué plusieurs difficultés rencontrées par les villes africaines.
Il a notamment cité la croissance urbaine, la congestion routière, la sécurité des usagers et les inégalités d’accès aux transports. Ces défis touchent directement les déplacements quotidiens et l’accès aux services essentiels.
Dans ce contexte, les outils numériques peuvent apporter de nouvelles possibilités. Les données, la cartographie et les systèmes intelligents peuvent notamment soutenir la planification et la gestion des déplacements.
Toutefois, leur adoption doit tenir compte des réalités socioculturelles et des capacités de chaque territoire. Le représentant du ministère a également plaidé pour un rapprochement plus étroit entre la recherche scientifique, la planification et la réalisation des projets d’infrastructures.
Cette articulation constitue un enjeu important. En effet, une innovation ne produit des résultats que si les institutions et les acteurs concernés peuvent l’intégrer dans leurs pratiques.
Intelligence artificielle et science des données au cœur des échanges
Au nom du ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation, le Camarade Dr Habib Ahmed DJIGA a souligné le caractère pluridisciplinaire des questions de mobilité urbaine.
Il a évoqué les contributions possibles de l’intelligence artificielle, de la science des données et de la modélisation spatiale. L’urbanisme, la sociologie et les politiques publiques occupent également une place dans cette réflexion.
Pour lui, l’innovation doit d’abord répondre aux besoins des populations. Les territoires doivent pouvoir comprendre les solutions proposées, se les approprier et les mettre en œuvre.
Il a ainsi souhaité que les travaux débouchent sur des recommandations opérationnelles, de nouvelles collaborations scientifiques et une meilleure valorisation des innovations africaines.
Au nom du président de l’UJKZ, le Camarade Pr Adama SANOU, vice-président chargé de la Recherche et de la Coopération universitaire, a salué l’engagement du LAMI et de son équipe de recherche en systèmes d’information et ingénierie de la connaissance.
Il a rappelé que la mobilité conditionne l’accès à l’emploi, à l’éducation, aux soins de santé et aux services sociaux de base. Par conséquent, les réponses doivent tenir compte des usages, des ressources et des particularités locales.
CATIMU 2026 : 18 communications scientifiques retenues
Sur le plan scientifique, les organisateurs ont reçu 40 articles. Le comité en a retenu 18 pour cette édition.
Les communications s’articulent autour de trois grands axes. Le premier porte sur l’intelligence artificielle et les technologies numériques. Le deuxième concerne la science des données, la modélisation spatiale et la cartographie.
Le troisième axe aborde les politiques urbaines, la gouvernance et la durabilité. Ces thématiques permettent de croiser les approches techniques, scientifiques et institutionnelles.
Neuf pays prennent part à la rencontre : le Bénin, le Burkina Faso, le Canada, le Cameroun, la Côte d’Ivoire, le Kenya, le Mali, le Niger et le Sénégal.
Durant les trois jours, les participants prennent part à des communications scientifiques, des présentations d’expériences professionnelles et des conférences. Le programme prévoit aussi un concours d’idées destiné aux étudiants, un concours d’inventions et une exposition.
Ces activités doivent favoriser les échanges entre les chercheurs, les étudiants et les professionnels. Elles offrent également un espace de présentation aux porteurs d’innovations.

Au Congo, le numérique pour moderniser les services de transport
La présentation consacrée à la République du Congo a illustré plusieurs possibilités de numérisation des services de transport terrestre.
Le représentant congolais a décrit un dispositif de paiement électronique reposant notamment sur les téléphones portables, les codes USSD, le Mobile Money et les QR codes. Selon son exposé, ce système permet de suivre électroniquement les opérations et les recettes.
Il a indiqué que la Direction générale des transports terrestres avait adopté le principe du « zéro cash ». Le paiement en espèces reste toutefois possible, avec une majoration de 30 %, selon les modalités présentées pendant la conférence.
Un autre dispositif concerne le hub numérique. Celui-ci vise à regrouper plusieurs services et prestataires intervenant dans les démarches liées aux véhicules. L’objectif consiste à limiter la multiplication des guichets et à centraliser les informations administratives.
La présentation a également abordé la sécurisation des documents. Le conférencier a cité les permis biométriques, les titres dotés de dispositifs électroniques et les possibilités de vérification par QR code ou technologie NFC.
Il a aussi évoqué des échanges de données entre les services des transports, les assurances, le Trésor et les Douanes. Selon les chiffres communiqués pendant son intervention, le système intégrerait 280 000 permis de conduire, 300 000 cartes grises et 65 000 contrôles techniques.
Ces volumes restent à documenter davantage. Ils correspondent aux données annoncées par le conférencier et ne constituent pas, à ce stade, une vérification indépendante.
L’intervention a enfin abordé la troisième plaque électronique, la numérisation des examens du permis et l’interconnexion des équipements de contrôle technique. Par ailleurs, l’existence d’un hub digital de la Direction générale des transports terrestres à Brazzaville avait déjà été documentée lors de son ouverture en avril 2024.

Au Burkina Faso, des pistes numériques pour la DGTTM
Une autre communication a porté sur les applications possibles de l’intelligence artificielle et de la science des données dans le secteur des transports au Burkina Faso.
Elle a été présentée par BAHIKORO A. S. Mohamed, commissaire principal de police, ingénieur informaticien et responsable informatique à la Direction générale des transports terrestres et maritimes (DGTTM).
Deux propositions ont particulièrement retenu l’attention. La première, intitulée « Anticip rupture DGTTM », vise à améliorer le suivi des stocks et à anticiper les périodes de forte sollicitation des services.
L’application envisagée doit collecter les données, signaler les périodes de forte demande et envoyer des notifications. Elle doit également permettre aux responsables de consulter la situation des stocks.
Cette approche pourrait aider les services à mieux préparer leurs approvisionnements. Toutefois, son efficacité dépendra de la qualité des données collectées et de leur actualisation régulière.
La seconde proposition concerne la circulation intelligente à Ouagadougou. Elle prévoit de collecter des informations sur les axes fréquentés, les heures de pointe, le trafic et les destinations des usagers.
Des capteurs et des feux tricolores modernes pourraient ensuite contribuer à adapter la régulation de la circulation. Le dispositif envisagé pourrait aussi informer les populations sur les risques d’embouteillage et proposer des itinéraires alternatifs.
La gestion des espaces de stationnement figure également parmi les fonctionnalités évoquées. Cependant, la présentation décrit des pistes de conception et de développement. Elle ne permet pas d’affirmer que ces solutions fonctionnent déjà sur les routes de la capitale.
Le calendrier de mise en œuvre, les axes concernés et les moyens nécessaires restent donc à préciser.

Des innovations à adapter aux réalités des villes africaines
Les différentes interventions font ressortir une exigence commune : disposer de données fiables et d’une organisation capable de les exploiter.
En effet, collecter des informations sur les déplacements ne suffit pas à améliorer la circulation. Les autorités doivent aussi disposer d’infrastructures adaptées, de compétences techniques et d’une coordination efficace entre les services.
La sécurité des systèmes et la protection des données constituent également des enjeux importants. De même, l’automatisation peut faire évoluer les métiers du transport et nécessiter de nouvelles compétences professionnelles.
Pour les villes africaines, le défi ne consiste donc pas simplement à reproduire des modèles technologiques conçus ailleurs. Il faut identifier les outils adaptés aux besoins locaux et aux moyens disponibles.
Cette approche rejoint le thème de la conférence : « L’innovation au service des spécificités locales ». Elle invite à considérer les technologies comme des moyens et non comme une finalité.
CATIMU 2026 : quelles perspectives pour la mobilité urbaine ?
Prévue jusqu’au 5 novembre 2026, la troisième édition de la CATIMU constitue un espace de dialogue entre le monde universitaire, les pouvoirs publics et les professionnels du transport.
Les expériences présentées montrent plusieurs possibilités offertes par le numérique. La dématérialisation des démarches, la sécurisation des documents et l’exploitation des données peuvent contribuer à moderniser les services de transport.
Au Burkina Faso, les propositions relatives au suivi des stocks et à la circulation intelligente ouvrent également des pistes de réflexion. Leur concrétisation nécessitera cependant des études complémentaires, des moyens techniques et une organisation adaptée.
L’enjeu est désormais de transformer les connaissances et les propositions en projets réalisables. Cela suppose un dialogue durable entre les chercheurs, les administrations, les collectivités et les professionnels.
À travers cette rencontre, la CATIMU 2026 entend ainsi contribuer à une réflexion africaine sur des transports plus sûrs, accessibles et durables. Les recommandations issues des travaux permettront d’apprécier les suites concrètes que les acteurs donneront à ces échanges.
Source : Communications présentées à la CATIMU 2026, Com.UJKZ et la rédaction de Voir voirfaso.






