Dans la commune de Tô, dans la province de la Sissili, la mosquée de Tô témoigne de plus de deux siècles d’histoire religieuse, architecturale et culturelle. Fondé au début des années 1800, cet édifice en terre crue figure parmi les témoins du patrimoine ancien du Burkina Faso. Il bénéficie d’un classement au patrimoine national et figure également dans le dossier de candidature des mosquées de style soudanais du Burkina Faso, soumis à la Liste indicative du patrimoine mondial de l’UNESCO le 5 janvier 2026.
Au cœur du pays Nuni, cette mosquée dépasse sa fonction de lieu de prière. En effet, son histoire, son architecture et les traditions orales qui entourent sa fondation en font un témoin précieux de la mémoire collective de la communauté.
Mosquée de Tô : une fondation qui remonte au début des années 1800
Selon les informations historiques rapportées par la Direction régionale de la Culture, des Arts et du Tourisme de Nando, Konaté Soumaïla aurait fondé la mosquée au début des années 1800. À cette époque, il dirigeait la communauté Waala, communément appelée San-Yaré chez les Nuni.
La tradition orale associe le choix de l’emplacement à un événement particulier. À cette époque, les habitants vivaient regroupés dans le village pour des raisons de sécurité. Or, une nuit, une forte pluie aurait provoqué l’effondrement de plusieurs habitations. L’espace ainsi libéré aurait ensuite accueilli le futur lieu de prière.
Dans un premier temps, les habitants auraient délimité cet emplacement avec des pierres. Par la suite, ils auraient progressivement poursuivi la construction de la mosquée.
Au-delà de cet épisode, le récit transmis de génération en génération fait partie intégrante de la mémoire du monument. Il rappelle également l’importance des témoignages locaux dans la connaissance et la transmission de l’histoire des sites anciens.

Une architecture soudanaise en terre crue
Sur le plan architectural, la mosquée de Tô présente les caractéristiques du style soudanais. Les bâtisseurs ont utilisé de la terre crue, communément appelée banco, pour ériger cet édifice qui couvre environ 330 m², avec 22 mètres de longueur et 15 mètres de largeur.
Son minaret principal, qui prend la forme d’une tour conique, atteint 8,15 mètres de hauteur. Par ailleurs, l’édifice compte 42 petites structures annexes, dont certaines portent des poteries à leur sommet.
À l’intérieur, une charpente en bois repose sur 15 piliers répartis en cinq rangées. L’ensemble témoigne des techniques de construction traditionnelles et contribue à l’identité architecturale de la mosquée.
Au nord du bâtiment, un puits historique complète cet ensemble patrimonial. Selon les informations communiquées, ce puits, qui serait toujours fonctionnel, aurait notamment servi à préparer la terre nécessaire à la construction de la mosquée. Aujourd’hui encore, il fournit de l’eau aux fidèles pour les ablutions.
Un lieu de mémoire marqué par la coexistence des traditions
L’histoire de la mosquée de Tô ne se limite pas à sa fondation et à son architecture. Elle s’inscrit également dans les pratiques culturelles de la communauté.
Selon la tradition rapportée, l’édifice se trouve sur le passage ancestral du masque protecteur du village. Lors du passage de ce masque, la communauté musulmane aurait traditionnellement offert un coq blanc.
Cette pratique témoignerait d’une forme de respect mutuel entre les fidèles musulmans et les détenteurs des traditions locales. Ainsi, la mémoire de la mosquée porte également les traces d’une coexistence entre différentes expressions culturelles et spirituelles au sein de la communauté.
Par ailleurs, l’édifice abrite les sépultures de son fondateur et de son successeur. À l’extérieur, cinq autres tombes accueillent les dépouilles de personnalités liées à son histoire. Ces sépultures renforcent la dimension mémorielle du site et son importance pour les habitants de Tô.

Des restaurations pour préserver l’édifice
Au fil des années, la communauté a entrepris plusieurs interventions pour entretenir la mosquée et faciliter son utilisation. Parmi les principales opérations figure une importante restauration réalisée en 1977.
Ensuite, en 2015, les responsables ont fait installer des portes métalliques ainsi qu’un dispositif d’éclairage solaire. Toutefois, ces aménagements n’ont pas remis en cause leur volonté de préserver l’architecture originelle du bâtiment.
Cette volonté de conservation s’est notamment manifestée lorsqu’un projet de démolition a envisagé la construction d’une mosquée moderne sur le même emplacement. Les fidèles se seraient opposés à cette perspective et auraient privilégié la sauvegarde de l’édifice ancien.
Ce choix traduit l’attachement de la communauté à un lieu qui rassemble plusieurs dimensions : une histoire religieuse, des souvenirs collectifs et un savoir-faire architectural transmis au fil des générations.

Une reconnaissance patrimoniale à suivre
La mosquée de Tô bénéficie d’un classement au patrimoine national du Burkina Faso. De plus, elle figure parmi les édifices retenus dans le dossier de candidature intitulé « Mosquées du style soudanais au Burkina Faso ».
Le 5 janvier 2026, le ministère de la Communication, de la Culture, des Arts et du Tourisme a soumis ce dossier à la Liste indicative du patrimoine mondial de l’UNESCO.
Il convient toutefois de distinguer cette étape d’une inscription définitive au patrimoine mondial. En effet, la présence sur la Liste indicative constitue une étape dans une éventuelle démarche de reconnaissance internationale. Elle ne signifie pas que la mosquée de Tô bénéficie déjà du statut de site inscrit sur la Liste du patrimoine mondial.
Pour la région de Nando, la valorisation de cet édifice participe à la promotion des richesses culturelles et touristiques locales. Son histoire, ses particularités architecturales et les traditions qui lui sont associées offrent autant de pistes pour documenter et transmettre le patrimoine de la communauté.
Au-delà de sa fonction religieuse, la mosquée de Tô rappelle ainsi que le patrimoine ne se limite pas aux monuments les plus connus. Il se trouve également dans les édifices que les communautés entretiennent, dans les récits qu’elles transmettent au fil des générations et dans les pratiques qui donnent tout leur sens aux lieux.
Source: SCM-DRCCAT Nando. Article adapté et enrichi par la rédaction de Voir Faso.






