OUAGADOUGOU, 02 septembre 2026. Au Burkina Faso, la gastronomie cherche une nouvelle place dans le développement du tourisme. Les professionnels veulent désormais associer héritage culinaire, innovation et exigences internationales.
Cette ambition s’est illustrée lors de la 16e édition du Salon international du tourisme et de l’hôtellerie (SITHO). Le salon s’est tenu du 22 au 27 septembre 2026 à Ouagadougou.
Le concours d’art culinaire organisé pendant le SITHO a réuni des candidats du Burkina Faso et du Mali. Le Niger, annoncé dans le cadre de la participation des pays de l’Alliance des États du Sahel (AES), n’a finalement pas présenté de candidat.
Parmi les professionnels engagés dans cette dynamique figure Maître Benjamin Lucien Kiswendisda COMPAORÉ. Maître restaurateur, gastronome et conseiller en nutrition, il est aussi ambassadeur de la gastronomie burkinabè.
Il dirige BEN-Expert et l’Académie de la gastronomie Sainte-Hélène. Il préside également l’Association des chefs et cuisiniers du Burkina Faso. Il occupe enfin le poste de vice-président de la section francophone de l’Alliance des chefs africains.
Au SITHO 2026, les produits locaux au cœur de la compétition
Le concours d’art culinaire a connu une participation importante. Une quarantaine de personnes avaient manifesté leur intérêt pour la compétition.
Après l’examen des dossiers techniques, le comité a retenu 22 candidats pour la phase finale. Le groupe comptait 16 Burkinabè et six Maliens.
Cette participation a aussi prolongé la durée du concours.
Le nombre de participants a quasi doublé , explique Maître Benjamin COMPAORÉ.
Le concours s’est ainsi déroulé sur deux jours. Les éditions précédentes tenaient sur une seule journée.
Les candidats ont concouru dans les catégories plat de résistance et dessert. Le jury a pris en compte plusieurs critères.
Il a notamment évalué l’hygiène, la qualité organoleptique et les valeurs nutritionnelles. L’innovation, la créativité et la présentation des plats entraient aussi dans l’évaluation.


Le nénuphar comme matière première
La compétition a surtout montré la diversité des ressources disponibles dans les terroirs.
Les candidats ont travaillé avec des produits agricoles. Ils ont aussi utilisé des produits d’origine animale et des produits forestiers non ligneux.
Une candidate âgée de plus de 60 ans a notamment travaillé autour du nénuphar.
Selon Maître COMPAORÉ, elle a proposé une semoule de nénuphar. Elle a également préparé du dégué et des gâteaux à partir de cette ressource.
Ce qui m’a vraiment émerveillé, ce sont les produits forestiers non ligneux qui ont été utilisés pour innover dans cette gastronomie.
L’exemple montre une possibilité importante. Des ressources peu présentes dans la cuisine moderne peuvent trouver de nouveaux usages.
Innover sans perdre l’identité des terroirs
Pour les professionnels, l’enjeu ne consiste plus seulement à reproduire les recettes héritées des générations précédentes.
Il faut aussi savoir les revisiter.
Une recette traditionnelle peut changer de forme ou de présentation. Elle peut aussi associer plusieurs produits. Mais cette évolution doit préserver son identité.
Le concours du SITHO a justement offert un espace d’expérimentation aux candidats. Ils ont pu tester de nouvelles techniques et présenter autrement des produits connus.
Cette recherche touche aussi le niveau professionnel.

Vers des standards internationaux
Maître COMPAORÉ estime que le niveau des candidats a progressé.
Nous avons essayé de monter la barre pour amener les compétiteurs à être sur des normes internationales de compétition.
Pour lui, cette évolution constitue un signal encourageant pour la gastronomie burkinabè.
Il estime également que le pays peut devenir une référence dans la sous-région. Des initiatives et des innovations apparaissent déjà dans plusieurs domaines de l’art culinaire.

Consommer local pour soutenir toute une chaîne
L’innovation ne suffit cependant pas à faire grandir la gastronomie. Les habitudes des consommateurs jouent aussi un rôle.
Maître COMPAORÉ invite les Burkinabè à donner davantage de place aux produits locaux.
Les mets traditionnels peuvent ainsi retrouver une place plus importante dans les habitudes alimentaires. Ils peuvent aussi contribuer à une alimentation diversifiée lorsqu’ils sont préparés dans de bonnes conditions.
Le choix du local produit également des effets économiques.
Un repas mobilise plusieurs acteurs. Il peut faire travailler un producteur agricole, un éleveur, un transformateur et un restaurateur.
La consommation locale peut donc soutenir toute une chaîne de valeur.
Sur la question des prix, Maître COMPAORÉ estime que la qualité entraîne nécessairement certains coûts.
Qui veut de la qualité doit pouvoir payer le prix , soutient-il.
Pour lui, l’alimentation doit aussi être considérée comme un investissement dans le bien-être.
Former une nouvelle génération de professionnels
La professionnalisation représente un autre défi.
À l’Académie de la gastronomie Sainte-Hélène, l’objectif affiché consiste à proposer une formation de qualité aux personnes qui souhaitent travailler dans l’art culinaire.
Le métier ne repose plus uniquement sur la maîtrise des recettes.
Les professionnels doivent aussi connaître les règles d’hygiène. Ils doivent comprendre les valeurs nutritionnelles et maîtriser les techniques de présentation.
La créativité compte également. La gestion et la connaissance des attentes de la clientèle deviennent tout aussi importantes.
Cette évolution peut ouvrir de nouvelles perspectives aux jeunes qui souhaitent travailler dans la restauration, l’hôtellerie ou le tourisme.
La nutrition prend une place croissante
Les habitudes alimentaires évoluent également.
Maître COMPAORÉ observe une attention croissante portée à ce que les consommateurs mangent.
De plus en plus, on est plus conscient de ce qu’on mange
Pour lui, cette évolution renforce l’intérêt d’une alimentation saine, équilibrée et variée.
La gastronomie se trouve donc au croisement de plusieurs secteurs. Elle touche à la nutrition, à l’agriculture, à la culture, au tourisme et à l’économie.
La gastronomie peut-elle devenir une vitrine du Burkina Faso ?
Martial Kinda
Pour Maître COMPAORÉ, la gastronomie ne se limite pas à la restauration. Elle peut aussi contribuer à faire connaître le Burkina Faso, ses territoires et ses savoir-faire.
L’objectif consiste à donner une nouvelle image aux recettes transmises par les générations précédentes, tout en préservant leur identité.
« Ce qui serait important pour nous, c’est de travailler à valoriser le savoir-faire ancestral, de lui donner une nouvelle image en y mettant des touches innovantes pour être compétitifs sur le plan international », explique-t-il.
Les concours culinaires offrent un cadre pour expérimenter de nouvelles approches. Ils permettent aussi aux professionnels de confronter leurs techniques.
Le nénuphar présenté lors du concours du SITHO 2026 en donne une illustration. Une ressource locale peut ainsi trouver de nouveaux usages en cuisine.
Maître COMPAORÉ souhaite également une implication plus forte des pouvoirs publics, des professionnels et des partenaires. Selon lui, cette mobilisation pourrait favoriser le développement de la gastronomie burkinabè dans la sous-région et au-delà.
Pourquoi la gastronomie compte-t-elle pour le tourisme burkinabè ?
Pour Maître COMPAORÉ, la gastronomie ne se limite pas à la restauration. Elle peut aussi contribuer à faire connaître le Burkina Faso, ses territoires et ses savoir-faire.
L’objectif consiste à donner une nouvelle image aux recettes transmises par les générations précédentes, tout en préservant leur identité.
« Ce qui serait important pour nous, c’est de travailler à valoriser le savoir-faire ancestral, de lui donner une nouvelle image en y mettant des touches innovantes pour être compétitifs sur le plan international », explique-t-il.
Les concours culinaires offrent un cadre pour expérimenter de nouvelles approches. Ils permettent aussi aux professionnels de confronter leurs techniques.
Le nénuphar présenté lors du concours du SITHO 2026 en donne une illustration. Une ressource locale peut ainsi trouver de nouveaux usages en cuisine.
Maître COMPAORÉ souhaite également une implication plus forte des pouvoirs publics, des professionnels et des partenaires. Selon lui, cette mobilisation pourrait favoriser le développement de la gastronomie burkinabè dans la sous-région et au-delà.
Pourquoi la gastronomie compte-t-elle pour le tourisme burkinabè ?
Un visiteur découvre aussi un pays à travers ce qu’il mange. Les plats locaux racontent une partie de l’histoire, des habitudes et des savoir-faire d’un territoire.
La gastronomie peut donc enrichir l’offre touristique du Burkina Faso. Elle crée aussi des débouchés pour les producteurs, les transformateurs et les restaurateurs.
La formation et l’innovation restent toutefois nécessaires pour mieux valoriser cette chaîne. Une cuisine plus professionnelle peut répondre aux attentes des visiteurs tout en conservant les produits et les savoir-faire locaux.
Maître COMPAORÉ appelle enfin les partenaires et les annonceurs à investir davantage dans le secteur. Pour lui, la gastronomie peut soutenir l’emploi, les filières agricoles ainsi que la promotion culturelle et touristique.
L’enjeu est désormais de mieux transformer les produits du terroir en expériences culinaires. Le défi consiste à innover sans effacer l’identité, à moderniser sans oublier les traditions et à professionnaliser sans perdre le goût de la transmission.
Martial Kinda






